Retraites : la réforme va creuser les inégalités femmes - hommes

Tribune signée par Martine Billard, Députée et porte parole du PG, Laurence Cohen, responsable de la commission nationale du PCF (droits des femmes/féminisme), Annick Coupé, porte-parole nationale de l'Union syndicale Solidaires, Caroline De Haas, Osez le féminisme !, Cécile Duflot, Secrétaire Nationale des Verts, Bernadette Groison, Secrétaire générale de la FSU, Anne Leclerc, comité exécutif du NPA, Marie-Noëlle Lienemann, membre du Bureau National du PS, Ghyslaine Richard, membre de la direction confédérale de la CGT, responsable femmes-mixité, Marie-Pierre Toubhans, porte parole de la Gauche Unitaire

Dans le débat public qui s’est engagé sur les retraites, lorsque l’on entend parler des inégalités femmes – hommes, c’est souvent pour rappeler que l’écart est important. En effet, les femmes perçoivent une pension inférieure de 42 % à celle des hommes en moyenne et une retraitée sur deux vit avec moins de 900€ par mois.

Les raisons sont multiples : la période de la retraite arrive après une vie passée sur le marché du travail et se transforme donc en une caisse de résonance de toutes les inégalités que les femmes y rencontrent. Les écarts de salaires à responsabilités et qualifications égales, les carrières en dents-de-scie dues notamment au manque cruel de structures d’accueil de la petite enfance permettant le retour à l’emploi après la maternité, les salaires particulièrement bas des femmes, l’empilement des contrats précaires ou encore le recours fréquent des entreprises au temps partiel sont autant d’inégalités que l’on retrouve amplifiées au moment de la retraite.

Afin de ne pas subir une décote importante, 30% des salariées doivent donc attendre 65 ans pour liquider leur retraite faute d’avoir validé avant le nombre de trimestres suffisant. Les hommes, eux, ne sont que 5% dans ce cas. De nombreuses femmes restent sur le marché du travail entre 60 et 65 ans, oscillant entre des situations de petits boulots ou de chômage (le taux d’emploi des femmes dans cette tranche d’âge est de 4%). En reculant l’âge légal de départ à la retraite tout comme en continuant l’allongement de la durée de cotisation le gouvernement choisit donc d’allonger cette période de précarité et s’en prend directement au niveau des pensions et aux conditions de vie des femmes.

Les précédentes réformes ont déjà creusé les écarts. Lorsque la droite a choisi d’allonger la durée de cotisation et de passer pour le calcul des pensions de retraites des 10 aux 25 meilleures années, elle a clairement dégradé le niveau de vie des femmes retraitées. Une baisse supplémentaire des pensions de retraites va pousser les salariés et les salariées à se tourner vers de l’épargne privée. Seuls celles et ceux qui auront les moyens pourront se garantir un niveau de retraite décent. Le gouvernement, sous couvert de défendre un système de retraite solidaire nous construit en réalité peu à peu un système par capitalisation.

Cette réforme – en précarisant un peu plus les retraitées - s’attaque à leur indépendance économique chèrement conquise par les mobilisations féministes.

L’autonomie financière est l’une des clés de l’égalité femmes – hommes. Cette liberté fondamentale garantit que les femmes puissent faire leurs propres choix de vie, disposer pleinement de leurs corps sans être placées sous la coupe d’un autre - conjoint, père ou frère. Cette autonomie est récente : il a fallu attendre 1965 pour qu’une femme puisse exercer une profession sans l'autorisation de son mari et 1983 pour voir adopter la première loi sur l’égalité professionnelle, qui n’est toujours pas réalisée dans les faits.

Manifestement, ce droit à l’autonomie financière est encore fragile. Pour défendre l’égalité femmes – hommes et le droit des femmes à l’indépendance économique et financière nous exigeons que le gouvernement retire ce projet.

L’objectif premier d’une réforme des retraites doit être de garantir à toutes et à tous un niveau de pension décent. Le moyen pour y parvenir n’est pas de reculer l’âge légal ou d’augmenter la durée de cotisation. Nous pouvons préserver un système solidaire en agissant sur le niveau des salaires, sur le calcul du taux de réversion et ses modalités (par exemple en ouvrant de nouveaux droits aux couples pacsés), en augmentant les cotisations patronales en particulier sur les emplois précaires et à temps partiel, en taxant les revenus financiers et les dividendes versés aux actionnaires et développant et créant des emplois.

Ces mesures structurelles sur le marché du travail doivent s’accompagner de mesures d’urgence pour lutter contre la précarité des retraitées : meilleure indemnisation des congés maternité, politique de lutte contre les temps partiels et les contrats précaires, maintien des dispositifs existants pour les salariés du public parents de 3 enfants…

Le gouvernement a choisi la mauvaise voie : celle du recul pour tous avec la remise en cause des 60 ans, l’allongement de la durée de cotisations. Cette voie est celle de l'aggravation des inégalités femmes – hommes et d’un système qui tourne le dos à la solidarité. Nous serons nombreuses et nombreux dans la rue jeudi pour exiger qu’il renonce à ce projet.

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