Notre rapport au politique

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En tant qu’association et réseau féministe, nous sommes un mouvement d’individus rassemblés autour d’un objectif commun : l’égalité entre les femmes et les hommes dans la société. Cette égalité, qui aujourd’hui est loin d’être acquise, passera par une remise en cause des fondements du patriarcat, organisation sociale qui persiste aujourd’hui dans nos sociétés et maintient les femmes dans une position d’infériorité dans tous les domaines. Nous pensons que le féminisme est une bataille universelle, progressiste et laïque. Ce sont les convictions que nous partageons toutes et tous.

Le féminisme est un projet politique

L’égalité femmes-hommes est un objectif politique : il s’intéresse à l’ensemble des règles qui fondent le vivre-ensemble dans une société. Nous voulons changer les règles, matérialisées tant par des lois que par des normes, qui sont en vigueur dans notre société et qui empêchent ou freinent l’émancipation des femmes et donc l’accès de celles-ci à une égalité véritable avec les hommes dans tous les domaines.
En montrant que la répartition inégale des tâches domestiques est l’un des effets de la domination masculine, en sortant le viol conjugal de la « vie privée », en pointant du doigt l’occultation de la sexualité des femmes par la société ou encore en montrant les conséquences désastreuses des publicités sexistes sur les représentations des femmes, nous faisons entrer dans la sphère publique et politique ce qui reste souvent cantonné à l’individuel et au privé. Le féminisme est par essence une entreprise de politisation à tous les niveaux.

Notre engagement féministe nous donne une vision progressiste de la société

Nos analyses féministes nous mènent à penser, construire, interroger non pas seulement les droits des femmes mais l’ensemble de la société.
Parce qu’elle ne prenait pas en compte la place du travail gratuit des femmes et accroissait l’écart entre les femmes et les hommes en précarisant davantage les femmes dans la retraite, nous avons pris position contre la réforme des retraites en 2010.

Parce que les femmes assurent encore 80% des tâches ménagères et sont encore en immense majorité celles qui s’occupent des enfants en bas âge, nous demandons la mise en place d’un véritable service public de la petite enfance, et plus largement nous défendons l’idée du service public comme meilleur moyen d’assurer l’accès égal à ces services. Parce que les femmes sont les précaires parmi les précaires, parce qu’elles représentent 80% des personnes en temps partiel subi, nous demandons des mesures sociales pour combattre ces inégalités.

Parce que nous pensons que les violences faites aux femmes sont la conséquence d’une domination masculine omniprésente et trop peu combattue, nous demandons une politique publique de prévention de ces violences : la solution la plus durable nous la voyons dans la prévention, et nous dans l’allongement des peines.

Dans tous les domaines de la société, nos analyses féministes nous amènent à développer des revendications progressistes, qui reposent sur la solidarité et le progrès social. Plusieurs des partis politiques existant aujourd’hui en France défendent parfois une partie de ces positions, et tant mieux : cela montre que des féministes se sont fait entendre dans ces partis et réussissent à convaincre au delà des associations que la bataille pour l’égalité femmes – hommes doit faire partie de tout projet politique sérieux.

En matière d’égalité femmes – hommes, les partis politiques restent à la traine

Que ce soit dans leurs instances, dans les listes qu’ils présentent aux élections ou dans la teneur de leurs programmes politiques, tous les partis ont des progrès à faire en matière de féminisme. Pour faire avancer les idées que nous portons avec Osez le féminisme, il nous parait donc indispensable de peser sur les responsables politiques et sur leurs structures. Car faire en sorte que les idées féministes se retrouvent dans les programmes politiques est le meilleur moyen d’avoir une chance de les voir ensuite se transformer en plans d’action.

Cela signifie d’abord dénoncer les projets politiques qui ne vont pas dans le sens des revendications que nous faisons entendre : nous dénonçons tous les projets politiques non-progressistes en matière d’égalité femmes-hommes, quel que soit le parti politique qui le défend. Notre exigence et notre réactivité est la même, quelle que soit le parti ou la tendance politique.

Faire bouger les responsables politiques, cela veut aussi dire les interpeller régulièrement et leur expliquer nos positions. Nous organisons donc des formations, nous les rencontrons, pour les interpeller et faire avancer leurs idées. Les rencontres régulières sont un mode d’action, et non pas la marque d’une quelconque proximité avec des formations politiques.

L’indépendance politique, indispensable pour être entendues

Plusieurs membres de l’association ont choisi, choisissent ou choisiront peut-être de militer ou de soutenir un parti politique, un syndicat ou une autre association. De même, des militantes engagées à Osez le féminisme peuvent exercer une activité salariée au sein d’un parti politique ou d’une structure publique. Il s’agit de choix personnels ou professionnels individuels, qui n’influent en rien sur les orientations de l’association.
Préserver l’indépendance politique de l’association est le fait de chacun et chacune des adhérentes et particulièrement de chacune et chacun des responsables. Le mode d’organisation garantit que les orientations de l’association soient élaborées de manière collective : les orientations politiques de l’association sont adoptées en réunions plénières, lors de discussions plus ou moins longues et qui peuvent être poursuivies plusieurs mois lorsque nous sentons que nous avons besoin de formation et de débats, comme cela a été le cas récemment sur la question de la prostitution par exemple. De même, le Bureau est constitué de 20 membres, ce qui est en soi un choix d’organisation interne garantissant la collégialité des décisions. La démocratie interne et la prise de décision collective sont deux éléments sont fondamentaux pour garantir notre indépendance politique.

Comme décidé lors du séminaire de janvier 2011, les membres du bureau et militantes cessent toute représentation pour Osez le féminisme si elles sont amenées à exercer une fonction politique majeure ou de représentation, risquant de créer une confusion entre les deux affiliations. En cas de difficultés, cette décision sera discutée et décidée collectivement.

Osez le féminisme ne soutient donc aucun parti politique, ni le projet d’aucun parti, ni aucune personnalité politique. Notre seule ligne politique, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes.