Le foot, un sport d'hommes ?
Comme chacun sait, la coupe du monde de football est un événement masculin. Que ce soit devant leur écran ou sur la pelouse, une seule des deux moitiés de l’humanité serait représentée.
Des femmes devant les écrans…
Pendant le tournoi, ces dames – forcément pas intéressées par le foot- vont s’ennuyer fermes ou se faire des soirées entre copines. Monsieur – bière à la main, pizza dans l’autre- restera scotché devant l’écran, triste de ne pas avoir eu une place au stade. Certains, à l’image du divan du monde, ont eu la « bonne idée » de séparer femmes et hommes : écran géant et bière pour ces Messieurs au rez-de-chaussée, défilés de créateurs et cocktails à l’étage pour ces dames1 !
Il n’est guère difficile de démontrer l’inexactitude de cette vision monolithique des goûts des deux sexes. Dans les stades2 et devant les écrans géants, on trouve des femmes fans de foot. La preuve en est l’échec de l’initiative du divan du monde pour le premier match de l’équipe de France : les femmes ont préféré le foot3 ! Qui l’eut crut ?
…. Mais toujours pas sur la pelouse !
Si le football est un sport d’hommes ce n’est pas tant du fait de l’absence de supportrices mais plutôt de footballeuses. Aucune femme en effet n’est présente sur le terrain durant cette coupe du monde.
Pourquoi ? Serait-ce parce qu’ « On ne voit pas une jeune fille comme il faut en train de faire du football en costume de garçon, avec de gros souliers boueux, et de courir comme une folle, la figure rouge et suante, et de se bousculer avec d’autres jeunes filles plus ou moins comme il faut »4 ou plus grave parce que « Le geste de lancer le pied dans un ballon exerce une pression abdominale très intense qui pourrait avoir les plus graves effets sur les organes de la femme. Sa pratique aurait sur l’enfant en gestation une influence néfaste à son épanouissement »5 ?
Si ces vieilles explications n’ont plus cours, les justifications de l’absence du deuxième sexe des compétitions sportives les plus médiatisées se résume ainsi, comme tous petits garçons ayant passé quelques récréations dans une cours d’école primaire pourrait vous l’expliquer, « les filles ça sait pas jouer au foot ! ». Plus sérieusement, les compétitions féminines sont réputées être de moins bons niveaux que leurs homologues masculines. Le football nécessiterait des attributs virils et musculaires qui feraient défaut à ces dames.
Il n’et pas question ici de se lancer dans un cours de biologie. On rappellera simplement que la première puissance économique mondiale, à savoir les Etats-Unis, le football (ou soccer) est au contraire vu comme un sport de femmes. Considéré comme ennuyant, peu physique et ayant des règles simples, ce sport de second rang est réservé aux « sexe faible » ! Ces Messieurs eux ont le droit à un « vrai » sport : le football américain qui nécessite de gros muscles et un gros cerveau (les règles de ce sport étaient autrement plus compliquées que celle du soccer).
La comparaison avec les Etats-Unis est éclairante : ce n’est pas la contrainte physique qui détermine le fait qu’un sport soit masculin ou féminin, mais plutôt la place médiatique qu’il occupe. En d’autres termes les sports les plus médiatiques seront plus fermés aux femmes (bien qu’il est difficile de déterminer qui de l’œuf ou la poule était là le premier : le foot est fermé aux femmes parce que médiatique, ou est-il médiatique parce fermé aux femmes ?).
Parler de football et de femmes, c’est donc ouvrir une fois de plus la boite de pandore des femmes et du pouvoir. Lorsqu’un pays est représenté par une équipe, qu’elle soit gouvernementale ou sportive, il ne peut s’agir que d’une équipe d’hommes.
Patricia Perennes
Source :
- Laurence PRUDHOMME-PONCET, « Mixité et non-mixité : l’exemple du football féminin », Clio, numéro 18-2003, Mixité et coéducation, [En ligne], mis en ligne le 04 décembre 2006.
URL : http://clio.revues.org/index619.html. Consulté le 15 juin 2010.
Notes :
1. http://www.francesoir.fr/culture-mondial-2010/guide-de-survie-la-coupe-d...
2. http://www.footdz.co.cc/2010/06/supporters-algeriens-80-femmes-au.html
3. http://www.leparisien.fr/diaporama-videos/index.php?sig=iLyROoaf8zdS&csi...
4. Torquet C., 1918, « Le sport convient-il à la femme ? », La Vie Féminine
5. Racine Georges, 1923, « Le développement musculaire chez la femme », L’Education Physique et Sportive Féminine, 1er décembre.
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