Le BDS de l'IEP de Toulouse : école de formation à la misogynie ?

Monsieur le directeur,

Nous souhaitons porter à votre attention la publicité qu’a effectué le BDS de votre école, l’IEP de Toulouse, sur le réseau social Facebook pour sa soirée du jeudi 24 janvier :
https://www.facebook.com/events/416579635083408/ sur leur page https://www.facebook.com/bds.sciencespotoulouse?ref=ts&fref=ts. La communication déployée pour promouvoir cette fête n’est pas sans rappeler la tradition du bizutage machiste dans ce qu’elle a de plus réactionnaire…
Coïncidence quelque peu amusante, depuis nos premiers tweets d'indignation, l'image et l'évènement facebook semblent avoir disparu... Nous avions bien sûr pris soin d'effectuer les captures d'écran suivantes ==> https://www.box.com/s/xybz6lv2jel3j0xxawdw, https://www.box.com/s/qmbt89nn9enl8k96io2c et https://www.box.com/s/q9br0i8b8hpzujzx7n3f

Outre une AFFICHE qui réduit les femmes à des objets de désirs misogynes, à des morceaux de corps dont des hommes peuvent disposer, on lit notamment sur la page Facebook consacrée à ce rassemblement des étudiant-e-s de l’IEP : « Messieurs, amenez votre plus belle caisse à outils et préparez-vous à tâter de toutes les chaudières, du modèle russe ou modèle portugais (http://www.laloupette.com/). Mesdemoiselles, choisissez vos plus beaux brûleurs et thermostats (http://pieces-chaudieres.fr/) pour une soirée où vous serez les pin-ups de nos spécialistes en tuyauteries de tous poils. »

Ainsi, selon le « BDS de SciencesPo Toulouse », la population étudiante est divisée en deux catégories : d’une part, les « messieurs » qui sont des « plombiers » et, d’autre part, les « mesdemoiselles », qui sont appelées à s’identifier à des « bimbos » ou encore à des « pin ups de nos spécialistes en tuyauterie » et, plus encore, à des « chaudières », à des choses que les étudiants viendraient manipuler, comme si chacun-e avait un rôle défini en fonction de son sexe…

Ce sexisme n’a d’égal que sa « poésie », qui invite assez clairement à la violence sexuelle : « mais rien ne vaut une bonne clé de 12 et un joint à remettre dûment en place. Le plaisir de la salopette bleue n’a d’égal que le décrassage de la soupape de sécurité d’une bonne vieille chaudière à fioul. » Les étudiantes seront donc ravies d’être réduites à des « bonnes vieilles chaudières à fioul ou à des joints à remettre en place » et les étudiants appelés à « tâter de toutes les chaudières, du modèle russe ou modèle portugais ». Une telle allégorie ne pouvait que s’accompagner de visuels sexistes. L’affiche est d’ailleurs tirée de BRAZZERS : un site en ligne de vidéos pornographiques. Des liens du texte de l’invitation mènent également vers des sites pornographiques.

Cette esthétique entretient un climat pro-violences sexuelles et est aussi vieille que le système de la domination masculine dont elle est directement issue. En effet, sous couvert d’humour, ce sont toujours les mêmes représentations des sexualités – hétéronormées et machistes - qui sont martelées : le sacro-saint mythe de la complémentarité femmes-hommes qui désigne les uns comme quasi tout puissants, et les femmes comme des objets de désir, des choses que seuls les hommes peuvent animer, des sous-êtres dont les sexes ne seraient que des réceptacles ! Issus de l’industrie pornographique dans ce qu’elle a de plus misogyne et réactionnaire, les clichés utilisés dans cette communication web ne font pas honneur à votre école, ni à la libération des sexualités.

Par ailleurs, s’il est banal que l’un des enjeux des soirées étudiantes de l’Institut d’études politiques de Toulouse soit les rencontres à finalité sexuelle, n’orienter toute la communication du bureau des sports que sur cette dimension doit vous interroger quant à la marge de liberté donnée aux participant-e-s à cette soirée.

L’IEP serait-il en passe de devenir le haut lieu de célébration du "misogyne beauf" et de l’aliénation des femmes aux diktats machistes ?

Nous vous demandons d’intervenir aussi rapidement que possible pour faire retirer ces images et phrases sexistes et chosifiantes. Nous demandons également à ce que la direction mette en place une véritable politique d’éducation à l’égalité des sexes et quelques conférences - Osez Le Féminisme 31 ! se tient à votre disposition - et à orienter ses financements vers des associations et projets qui luttent pour un monde plus égalitaire et pour une véritable libération des sexualités.

En attendant et, pour montrer l’exemple, n’hésitez pas à rendre plus paritaire votre direction et votre conseil d’administration,

Féministement,

Anne-Cécile Mailfert, Porte-Parole d’Osez le féminisme !
Et Nataly Breda, Responsable d’Osez le féminisme ! 31.