La coupe du monde de foot... au féminin
Le foot féminin est un sport qui obéit aux mêmes règles que le foot masculin et pourtant il se développe dans l'indifférence générale. Pourtant la France compte quelques clubs de football féminins de haut niveau comme l'OL (l'Olympique Lyonnais) qui est en tête du championnat de France et a été à deux doigts de disputer la finale de la Coupe d'Europe.
Depuis quelques dizaines d'années, le foot féminin collectionne quelques succès mais reste cantonné à au néant médiatique. Le sport le plus populaire du monde qui embrase toute la planète intéresse soudainement beaucoup moins lorsqu il s agit des filles... Point d'ovations, point de chansons...
Ce silence assourdissant autour des compétitions féminines se répercute aussi sur les salaires. Les joueuses gagneraient entre 3000 et 7000 euros, soit 50 fois moins que leurs homologues masculins. Si ces revenus sont jugés confortables par les principales intéressées, ils ne sont pas suffisants pour assurer l'après-carrière, d'où la poursuite d'études en parallèle pour la plupart des joueuses. "Il a fallu s'imposer dans un domaine où je ne subissais que dédain et moqueries puis l'indifférence des entraîneurs qui répugnaient à entraîner des filles" explique une joueuse en équipe de France.
Il ne faut pas oublier que dans ce domaine aussi, les femmes ont dû batailler pour s'imposer. Il n'y a pas si longtemps elles ne pouvaient pas même montrer leurs jambes alors courir dans un stade... Pratiquer un sport signifie développer esprit de compétition et goût des victoires, c'est-à-dire aller à l'encontre d'une certaine idée de la féminité. D'ailleurs, on observe parfois des sportives tenter de contrecarrer cette image « non-féminine » du sport : talon aiguille à côté d'une chaussure à crampons, allant jusqu'à poser nues lors d'une campagne pour promouvoir le football féminin (équipe de France féminine de football en mars 2009).
La féminité est quasiment toujours l'argument massue pour dissuader les femmes de sortir des rôles imposés – mère, épouse. C’est aussi le cas dans la pratique du sport.
On a parlé de salaire et de surface médiatique, c’est aussi le cas en matière de hiérarchie. Les femmes représentent 30% des conseillers techniques sportifs, 10% des entraîneurs et 4% des directeurs techniques nationaux, bref en terme de responsabilités, elles sont laissées sur la touche...
Autant que les valeurs véhiculées, c'est les sommes colossales en jeu dans le football qui en font un domaine stratégique et un lieu de pouvoir. Tiens tiens, vous avez dit « pouvoir » ? Bien sûr, le foot, avec le fric monstrueux qu’il génère et la surface médiatique qu’il occupe est un terrain largement grignité par d’autres valeurs que celles de l’esprit d’équipe, de la solidarité et de la joie du jeu. Un espace où, comme dans les CA des grandes entreprises ou à l’Assemblée Nationale, ça ne rigole plus, ce n’est « pas fait pour les femmes ».
L’explication de toutes ces inégalités viendrait-elle du fait que les femmes soient moins sportives ? Même pas ! Si en 1960, 1 femme sur 10 pratiquait un sport, 50 ans après : la réalité a beaucoup changé. Aujourd’hui, plus d'une sur deux pratique un sport, 27 % sont licenciées dans un club et 46 000 filles pratiquent le football. Sans compter les supportrices. Les femmes font du sport et aiment le sport : pourquoi le sport ne leur rend-il pas ?
Julie Muret
>> A lire : Femmes et sport : regards sur les athlètes, les supportrices et les autres / sous la dir. de Maylis de Kerangal et Joy Sorman. Paris: editions hélium, 2009
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