INTERVIEW de Catherine Vidal, neurobiologiste

Catherine Vidal est neurobiologiste et directrice de recherche à l'Institut Pasteur. Elle a beaucoup travaillé sur le lien entre genre, sexe et cerveau.

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Osez le féminisme !- Les différences de comportement entre les sexes sont-elles inscrites dans notre cerveau ou sont elles le fruit de notre éducation ?

Catherine Vidal - De tout temps, il y a eu débat sur les réponses qu’on pouvait fournir à cette question. La réponse était fonction de la société et de l’histoire dans laquelle celle-ci était posée. Par exemple, au XIXème siècle, on disait que si les femmes n’étaient pas présentes dans la société, cela signifiait qu’elles étaient moins intelligentes. Cette moindre intelligence découlait de la plus petite taille de leur cerveau.

Depuis une quinzaine d’années, de nouvelles techniques d’exploration du cerveau sont apparues. C’est ce qu’on appelle « l’imagerie cérébrale », en particulier l’IRM. On peut désormais voir un cerveau vivant en train de fonctionner.

Il s’agit donc d’une révolution dans les méthodologies, et par conséquent d’une révolution dans les concepts du fonctionnement du cerveau. On a découvert des choses qu’on n’imaginait pas auparavant. En particulier, on a mis à jour ces propriétés extraordinaires qu’on appelle la « plasticité cérébrale » qui font que le cerveau se fabrique en permanence des circuits de neurones, en fonction de l’apprentissage et de l’expérience vécue. Rien n’est jamais figé dans le cerveau.

Par conséquent les vieilles idées, qui prétendent entre autres que les femmes sont naturellement douées pour le langage ou que les hommes sont naturellement doués pour faire des maths, sont complètement caduques.

Osez le féminisme !- Concrètement, cela veut-il dire qu’on n’est pas capable de différencier le cerveau d’un homme et d’une femme ?

Catherine Vidal - Ce qu’il faut dire tout d’abord, c’est que lorsqu’on regarde deux cerveaux, on ne peut pas deviner s’il s agit d’un cerveau d’homme ou de femme. Il n’existe pas de traits anatomiques spéciaux qui différencient les deux sexes. Les différences entre les individus d’un même sexe sont tellement importantes qu’elles l’emportent sur les différences cérébrales qui pourraient exister entre les sexes.

Osez le féminisme !- Pourquoi alors continue-t-on de justifier « biologiquement » les différences de comportement entre les sexes ?

Catherine Vidal - Dans une société dans laquelle des inégalités existent, la biologie peut être utilisée à des fins idéologiques. Il est plus simple d’expliquer celles-ci en disant « les hommes les femmes sont biologiquement différents par exemple dans leurs aptitudes à l’école » que d’accepter l’idée que ces inégalités sont dues à l’organisation de la société. C’est du fait de cette organisation, et non de la biologie, que les femmes s’occupent des enfants et soignent les personnes âgées tandis que les garçons sont ingénieurs et font de la politique. Si l’on explique ces différences par la biologie, cela veut dire qu’on évacue les raisons historiques, sociales et politiques. La société, et en l’occurrence les politiques qui l’organisent, ne sont dans cette optique pas responsables des inégalités hommes/femmes.

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