Féministe et iranienne : l'équation impossible ?

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Depuis la révolution qui a renversé le régime du Shah en 1979 et instauré une République Islamique en Iran des mouvements féministes se sont créés, parfois animés par des femmes exilées en Europe ou aux Etats Unis. Face à un régime ultraconservateur dont le pouvoir se fonde sur la suprématie du religieux sur le politique et en l’absence de liberté d’expression, la lutte féministe, considérée comme un délit, s’apparente à une lutte pour la vie.

L’Iran applique la charia, la loi islamique, qui considère la femme comme inférieure et la soumet à l’autorité masculine. Selon les interprétations, elle ne peut travailler sans l’autorisation de son mari, lui refuser un rapport sexuel ou encore conduire seule une voiture.

Un combat pour l’égalité malgré la répression
Etre féministe est un délit en Iran : les femmes qui luttent pour leurs droits en sont donc réduites à utiliser des subterfuges et à contourner les interdictions pour se faire entendre.
Signe fort de protestation utilisé par les militantes : le port du « mauvais voile », laissant apparaître la chevelure, le maquillage. Selon Iran Women Solidarity, durant la seule période allant d’avril à juin 2008 à Téhéran, 1098 femmes ont été arrêtées en raison d’un mauvais port du voile.
Autre moyen de défendre les droits des femmes : obtenir une nouvelle interprétation de la charia en ce qui concerne la lapidation ou encore les restrictions liées au droit de la famille. Les élections présidentielles de juin 2009 ont été l’occasion d’interpeller les candidats et de faire de nouvelles propositions : respect des conventions internationales, signature de la CEDAW (Convention de l’ONU pour élimination de toutes formes de discriminations à l’encontre des femmes)...
On constate l’essor d’une nouvelle génération de féministes depuis 20 ans portée par des avocates, des sociologues ou des étudiantes. Mais la constitution de réseaux est difficile et réprimée par le régime : les réformes progressistes sont quasi inexistantes : depuis juillet 2008, par exemple, la loi renforce la polygamie.
Pour beaucoup de féministes iraniennes, le combat se mène depuis l’étranger. Shirin Ebadi, Maryam Radjavi, Chahla Chafiq par exemple se sont mobilisées, par des manifestations, des inter- pellations des gouver- nements étrangers, ou encore sur Internet pour lutter contre cet enfermement des femmes. Elles ont lancé en 2006 une campagne pour rassembler un million de signatures contre les lois discriminatoires en Iran (Pétition disponible sur http://www.sign4change.info/ english/spip.php?article19).

Difficultés et espoirs des luttes pour les droits des femmes
La jeunesse, femmes et hommes, « n’adhère pas ou plus aux idéaux politiques et religieux de l’Etat »1 et a un profond désir d’égalité, de liberté et de démocratie. Dès l’annonce des résultats des élections présidentielles, un soulèvement populaire a eu lieu.
Au 1er juillet, 20 personnes avaient été tuées et plus de 2000 arrestations avaient eu lieu selon la Ligue Iranienne des Droits de l’Homme. Même si à Téhéran, des marches pacifiques ont été organisées, une sévère répression s’est mise en place pour freiner la « Révolution verte ».
Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a été saisi par la Commission des Femmes du Conseil national de la Résistance iranienne, sur les conditions de détention des femmes. La présidente de la commission, Sarvnaz Chitsaz dénonce la misogynie du régime des Mollahs.
Dénoncer la répression, les dangers de l’idéologie islamiste et défendre tous celles et ceux qui se battent pour la promotion de la liberté d’expression permet de soutenir le mouvement féministe en Iran.

Hédia Ait-Kaci

Pour aller plus loin :
• iranfeministe.online.fr
• iran-women-solidarity.net • La femme et le retour de l’islam. L’expérience Iranienne. Chahla Chafiq, 1991.
• Iran, un monde de paradoxes. Marie Ladier-Fouladi, 2009.
• Bas les voiles ! Chahdortt Djavann. 2003.

Article publié dans Osez le féminisme ! n°1 - septembre 2009