Egalité professionnelle : nous sommes encore loin du compte
Aujourd’hui encore, beaucoup d’obstacles existent pour dissuader les femmes d’exercer une activité à temps plein, bien souvent la seule manière d’être autonome économiquement. On n’encourage pas les femmes à s’investir dans leur activité professionnelle, pourtant vecteur essentiel dans la conquête d’une véritable autonomie ! Dans un contexte économique très dur pour les salariés et notamment en situation d’emploi précaire, les possibilités des femmes de gagner leur propre salaire de manière décente s’amenuisent au rythme de la hausse du chômage. Le chemin vers l’égalité passe par un combat quotidien contre les mécanismes du sexisme ordinaire appliqués au monde du travail, assorti d’un combat politique pour obtenir l’égalité des droits.
Comme il a été rappelé le 8 mars dernier, en 2009, les femmes continuent à subir des inégalités professionnelles et les écarts de salaires se situent toujours autour de 25%. Dans un contexte économique difficile, le chemin vers l’égalité passe par un combat quotidien contre les mécanismes du sexisme ordinaire appliqués au monde du travail, assorti d’un combat politique pour obtenir l’égalité des droits.
Des inégalités salariales qui s’accentuent
Du fait d’un investissement important des femmes sur le marché du travail depuis les années 1970, on pourrait croire que l’égalité femmes/hommes va «naturellement » progresser en quelques générations. En réalité, les écarts de salaires stagnent depuis 15 ans malgré les multiples mesures législatives. La loi du 23 mars 2006 relative à l’égalité salariale entre femmes et hommes prévoit que les entreprises doivent atteindre l’égalité professionnelle et qu’elles réduisent les écarts de rémunération avant le 31 décembre 2010. En pratique, la majorité n’a même pas commencé à analyser ses effectifs et à négocier des mesures de correction avec les syndicats. Le rapport Grésy paru en juillet 2009 montre que le nombre de femmes qui occupent des postes à responsabilités a diminué. En 2009, par exemple, les conseils d’administration du CAC 40 ne comptaient que 10,5% de femmes. Si on prend en compte les 500 premières entreprises françaises, ce chiffre tombe à 8% ; 60% étant dirigées par un CA uniquement masculin. Les femmes sont souvent bloquées dans leur ascension professionnelle par le fameux « plafond de verre », comme s’il existait un niveau de responsabilité indépassable, mais aussi par de nombreux comportements qui visent à les éloigner des postes les plus valorisés et les plus rémunérateurs.
Enfin, les femmes sont davantage touchées par des périodes de chômage pendant leur vie professionnelle, soit 9.6 % contre 8.1% pour les hommes. Elles sont surreprésentées dans les emplois les moins qualifiés et forment notamment le « gros bataillon » du temps partiel imposé, soit 83% des salariés. Contrairement aux idées reçues, 30% des femmes à temps partiel souhaiteraient travailler davantage, subissant donc un temps de travail imposé couplé à une faible rémunération. Avec une situation économique accentuée par la crise, elles représentent ainsi la majorité des travailleurs pauvres.
La réussite économique des filles n’est pas à la hauteur de leur réussite scolaire
Aujourd’hui, l’orientation scolaire se fait encore de façon très différenciée : aux garçons les mathématiques et la technologie, aux filles la littérature, les sciences humaines et le travail social ; autrement dit, des études qui mènent à des métiers ayant moins de débouchés et très peu rémunérateurs. Alors que le niveau de qualification des femmes n’a cessé d’augmenter depuis les années 1970, on s’attendrait logiquement à ce que leur parcours professionnel se rapproche de celui des hommes. Il n’en est rien. La réussite scolaire des filles (70% de réussite au bac contre 59% des garçons) n’a pas encore eu raison de la ségrégation professionnelle. Plus
diplômées, mieux armées pour le marché du travail que leurs mères, elles se heurtent pourtant à des préjugés et l’accession aux métiers considérés comme « masculins » est toujours difficile. Dans tous les domaines, elles doivent prouver plus qu’un homme leurs compétences et leurs expériences pour être reconnues professionnellement et monter en grade.
Des modèles féminins et masculins encore très traditionnels
Les modèles sexués, véhiculés par les médias, par les livres pour enfants et par les manuels scolaires, renvoient systématiquement aux rôles traditionnels des hommes et des femmes. Les premiers sont fortement encouragés à se diriger vers des postes à responsabilités et donc mieux rémunérés. Les filles, quant à elles, sont dès le départ, orientées vers des métiers qui ne remettront pas fondamentalement en cause leurs futurs rôles de mère et d’épouse. En effet, si de plus en plus les femmes sont valorisées pour leur activité professionnelle, leur reconnaissance sociale repose toujours sur leur statut de mère. Même PDG, on considère qu’une femme n’a pas vraiment réussi sa vie si elle n’a pas eu d’enfant... Les jeunes femmes intériorisent donc ces schémas pour concevoir leurs projets professionnels et elles anticipent rapidement leurs disponibilités qui seront nécessaires pour s’occuper ... de la maison et des enfants !
La maternité, forte pression sociale et frein à la carrière professionnelle
En entreprise, la maternité est souvent considérée comme une « maladie honteuse », comme l’explique Brigitte Grésy, dans son rapport. Alors que les hommes voient leur carrière progresser entre 25 et 35 ans, les femmes stagnent. Selon une enquête du CSA 2009, 23% des femmes interrogées lors d’un entretien d’embauche l’ont été sur leurs projets familiaux. Par ailleurs, 46% des femmes estiment qu’une grossesse a eu un impact négatif sur leur parcours professionnel. Pourtant, les employeurs n’ont pas le droit d’interroger une candidate sur sa vie privée ou de refuser d’embaucher une femme qui a fait part de sa volonté d’avoir à plus ou moins long terme des enfants. Souvent leur retour de congé maternité coïncide avec une relégation à des missions subalternes, alors que la loi est censée les protéger pour qu’elles retrouvent leur poste dans des conditions de travail identiques à celles précédant leur départ.
Un service public de la petite enfance insuffisant
Malgré un taux d’activité féminin record à l’échelle européenne - 86% en France -, on s’attend toujours à ce que les femmes soient à la sortie de l’école à 16h. Lutter contre les inégalités professionnelles nécessiterait une amélioration de l’offre d’accueil des jeunes enfants, notamment en crèches. Les systèmes de garde proposés sont toujours insuffisants : il manque 300 000 places de crèche et le fameux « droit opposable au mode de garde » promis par Nicolas Sarkozy a brutalement disparu du paysage politique... Entre le développement de structures payantes, comme les « jardins d’éveil » et la diminution du nombre d’enfants scolarisés à deux ans, on est loin d’un véritable service public de la petite enfance. Or, le système de garde impacte directement sur l’activité professionnelle des mères : sans mode de garde adapté, ce sont majoritairement les femmes qui interrompent ou réduisent leur activité professionnelle pour s’occuper de leurs enfants. Pourquoi ? Car les systèmes de garde publics ont un coût et la société préfère encourager les femmes à cesser le travail salarié pour « travailler » mais ... gratuitement. Cette question d’interruption de travail ou de réduction à temps partiel renvoie aux écarts de salaire et aux inégalités des conditions de travail entre les femmes et les hommes.
C’est celui des deux dont la perte de salaire sera la moins « coûteuse » pour le budget familial qui s’arrête...et perd son autonomie. Un peu l’arnaque, non ?
Les responsabilités familiales et les tâches ménagères immuables
Enfin, pas d’égalité professionnelle sans une division équitable du travail domestique ! Malgré le modèle largement véhiculé par les médias des « nouveaux pères », le « temps parental », les femmes assument toujours 65 % des tâches ménagères même si les hommes ont augmenté leur temps de participation de 32 à 35% en 20 ans... Ce travail, qu’elles ont toujours accompli, n’a jamais été comptabilisé comme une activité professionnelle. Une étude a montré que si les mères au foyer étaient rémunérées à hauteur du travail qu’elles accomplissaient (garde des enfants, heures de ménage, lessive, soutien scolaire, soins aux personnes âgées ou dépendantes, préparation des repas, ...), elles gagneraient plus de 3000 euros par mois.
La bataille à mener pour obtenir une véritable égalité professionnelle entre femmes et hommes est loin d’être finie. Les pouvoirs publics pourraient s’appuyer sur les lois existantes sur l’égalité professionnelle pour rendre cette égalité effective, mettre en place des sanctions, encourager les entreprises et les administrations à favoriser l’accès des femmes aux postes à responsabilité et enfin développer l’éducation à l’égalité entre les filles et les garçons dès le plus jeune âge !
Julie Muret
Aricle publié dans Osez le féminisme ! n°2 – octobre 2009