Contre les violences, maintenant des actes !
Le 25 novembre dernier avait lieu la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, comme chaque année depuis 1999. Cette année a été l’occasion de nombreuses prises de positions et d’annonces du gouvernement.
Une mobilisation ancienne, qui commence à payer
La question des violences faites aux femmes occupe une place importante dans le combat féministe. Après la loi de 1979 sur l’avortement, des mobilisations d’ampleur ont par exemple eu lieu pour dénoncer le viol. Récemment, le Collectif National pour les Droits des Femmes (CNDF) a travaillé sur un projet de loi-cadre contre les violences. Une loi-cadre permet de rassembler tous les dispositifs existants (prévention comme répression) et de leur donner une cohérence. Cette loi s’inspire en partie de celle qui a été adoptée en Espagne. En 2007, le CNDF lance une pétition pour soutenir cette idée. Les milliers de signatures poussent le gouvernement à nommer une mission parlementaire pour dresser l’état des politiques menées dans ce domaine et faire des propositions. En juillet 2009, la mission rend un rapport qui débouche le 25 novembre sur un projet de loi proposé par les députés. Ce texte prévoit notamment la création d’une ordonnance de protection des victimes pour protéger en urgence les personnes menacées. Cette ordonnance interviendrait dès le danger signalé, avant même le dépôt d’une plainte. Le mariage forcé deviendrait un délit et les procédures d’éviction du conjoint violent seraient étendues aux couples pacsés et concubins. Le texte évoque également la création d’un observatoire national des violences faites aux femmes.
Et pendant ce temps là, au gouvernement
Téléphones portables d’urgence pour les femmes victimes de violence, bracelets électroniques pour les conjoints violents, durcissement des peines pour les auteurs de violence : la communication gouvernementale a marché à plein régime le 25 novembre dernier. Deux choses fondamentales ont pourtant manqué : l’annonce de moyens financiers permettant de s’attaquer réellement au problème et la volonté de légiférer. Pas un mot n’a été dit sur le projet rédigé par les parlementaires, qui n’est à ce jour ni examiné, ni inscrit à l'agenda parlementaire.
Communiquer, notamment en choisissant de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause nationale de l’année 2010, c’est bien. Cela impliquera de débloquer des moyens pour ouvrir des centres d’accueil, pour prévenir et pour gérer les situation de violences. Il faudra surtout investir massivement dans l’éducation. En effet, si l’on veut en finir avec ce fléau, c’est à la racine du problème qu’il faut s’attaquer. Et c’est bien là le hic. En matière d’inégalités femmes hommes, les racines sont très profondes. Les violences en sont l’aspect le plus insoutenable mais elles sont en réalité l’expression d’une différence globale de traitement entre les femmes et les hommes dans notre société.
A nous donc d’obtenir que le projet de loi devienne une réalité et qu’il soit appliqué. Au cas où ça n’aurait pas encore sauté aux yeux de nos hommes et femmes politiques, il y a urgence.
Carole Chotil-Rosa
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